17 mars 2012 Archives | FN 17 Fédération Front National de Charente-Maritime

 Le Point.fr : Pourquoi le choix du 18 mars pour ce meeting ?François Delapierre : C’est le premier dimanche après le dépôt officiel des candidatures. Nous entrons dans le coeur de la campagne présidentielle. C’est maintenant que beaucoup de gens vont se dire : il faut que je fasse l’effort de m’intéresser, car je devrai bientôt choisir. Et puis (sourire), rien ne s’opposait à ce jour qui sera le 141e anniversaire de la Commune…

Vous aimez les symboles, le choix du parcours de la manifestation (Nation-Bastille) n’est pas un hasard, n’est-ce pas ? Vous l’accompagnez d’ailleurs du slogan « Reprenons la Bastille ». Vous rêvez de violence populaire ?

Pas du tout ! Les symboles ouvrent nos imaginaires, ce ne sont pas des modèles d’action. « Reprenons la Bastille », « Prenons le pouvoir », ce n’est pas : sortons les piques et les fourches. C’est : arrêtons de consentir, sortons de la résignation. Puisqu’il l’a déjà fait une fois, pourquoi le peuple de France ne pourrait-il mettre une nouvelle révolution à l’ordre du jour, une révolution citoyenne ?

Une révolution contre qui ?

La nouvelle aristocratie, c’est la finance, et la cour qui l’accompagne. Les marchés financiers ont imposé leurs normes, l’accumulation sans limites et le court terme. Celles-ci mettent la société dans un état de tension insoutenable. On constate une exaspération générale. Et beaucoup de rage, même dans les classes moyennes qui ont joué le jeu social, pleines d’espoirs, et se sentent trompées, lésées. Le Front de gauche veut ouvrir une issue positive. Regardez en Grèce, les braves gens finissent par applaudir les petits groupes anarchistes qui brûlent des banques, car ils ne voient pas quoi faire d’autre. Nous, nous voulons éviter ce genre de blocage, d’effondrement. Cette crise peut être une chance. Si nous le voulons, nous pouvons engager une bifurcation de nos sociétés vers un nouveau développement humain.

De manière très concrète, comment cette évolution peut-elle se dérouler ?

Il faut de l’audace pour penser autrement. Les êtres sont un peu comme les sociétés : en période d’instabilité, on peut être sûr que leur trajectoire va changer, mais quand ? Personne ne peut le prévoir, mais il y aura bifurcation. C’est ce moment-là, l’insurrection, quand la vie surprend, quand il se passe quelque chose qu’on n’a pas pu planifier. Pour notre part, nous proposons une méthode, un scénario. Sans cela, la rage la plus vive comme la volonté populaire la plus claire peuvent être impuissantes. Dans le domaine institutionnel, pour changer de régime, notre méthode est la convocation d’une Assemblée constituante.

Pourquoi une manifestation ?

Nous voulions être en plein air – au demeurant, une location de salle suffisamment grande était au-dessus de nos moyens. Mais nous voulions du mouvement, dans la rue, sur les places. Notre premier meeting s’est déroulé place Stalingrad à Paris. C’est formidablement vivant, une place publique. On n’y est pas confiné, on se donne à voir en train d’agir. Chacun conduit sa marche, revendique avec d’autres, la solidarité fait du bien. Il faut sortir du marketing politique devenu habituel, qui transforme les citoyens en consommateur. Être citoyen, c’est être actif. Manifester, ce n’est pas consommer un événement, c’est être l’événement. Ça change tout. Et d’abord ceux qui y participent. Dimanche, une nouvelle France se dressera face à la vieille France représentée à Villepinte, cette héritière des débuts de la Ve République, du temps des réflexes délégataires, quand on confiait à d’autres le droit de décider de tout ou presque pour soi-même.

La Ve République est aujourd’hui archaïque ?

Pour les partisans de la Ve République, qu’ils soient de gauche ou de droite, l’élection est le moment où se fabrique un homme providentiel. C’est la mystique monarchique du sacre. À cette époque, il fallait mettre en scène une intervention divine pour justifier l’infaillibilité de l’homme à qui on confiait tout le pouvoir. N’est-il pas temps de se libérer de cette métaphysique moyenâgeuse ? Pour le Front de gauche, l’élection est plutôt le moment où se fabrique un peuple. C’est-à-dire des citoyens, puisque le jour du vote chacun sort de sa condition immédiate en se mêlant de l’intérêt général. Nous devons tous être des souverains. Je veux bien admettre que c’est là une autre forme de mystique. Mais cette vision s’appuie sur des bases matérielles. Et jamais dans notre histoire celles-ci n’ont été aussi fortes. La France d’aujourd’hui, c’est le haut niveau de formation des travailleurs, l’accès facilité à l’information, l’urbanisation, ou encore le travail des femmes. Le changement de république va s’imposer comme rattrapage institutionnel des réalités.

Quel est le coût de la journée ?

Nous essayons de le maintenir dans la limite de 100 000 euros. Cela coûte cher de sonoriser la place… C’est une dépense importante pour nous, même si c’est beaucoup moins cher qu’une salle. Nous comptons donc largement sur les souscriptions. Ou sur les buvettes !

D’où vient votre argent de campagne ?

Trois sources abondent notre budget de campagne : les contributions des partis du Front de gauche, un apport de Jean-Luc Mélenchon sur ses fonds personnels, et la souscription publique.

Quel est le rythme de travail d’un directeur de campagne ?

J’essaie de le réguler… Je me suis fixé 6 heures-minuit, sauf un jour où je me lève plus tôt pour rédiger l’édito de À gauche. Quand c’est possible, je prends un jour un week-end sur deux. Il faut tenir la distance.

Quelle est votre formation et quelles sont les racines de votre militantisme d’aujourd’hui ?

Sociologie et sciences politiques. J’ai rencontré Jean-Luc en 1986, mais je milite avec lui étroitement depuis 1999. Pour moi, le grand tournant a été la campagne du non au référendum sur la Constitution européenne en 2005.

Avant ?

À 15 ans, j’ai adhéré au PS, en pleine lutte lycéenne contre le projet Devaquet. Ce sera mon premier souvenir de « débrayage », cette sensation qu’on éprouve quand un ordre bascule, c’est très physique, vous savez, une sorte d’exaltation et aussi une angoisse, car on ne sait pas si ça va marcher, on sent qu’on se met en danger. Mais quelle satisfaction d’inventer un chemin en dehors de la voie tracée.

Et encore avant ?

Alors il faut remonter au moment où j’ai quitté l’école primaire. J’habitais une banlieue pavillonnaire dans le Val-d’Oise – ma mère est prof et mon père chercheur en économie au CNRS. Il y avait deux collèges, un privé avec parc et étangs, et un public éloigné de deux kilomètres qu’il fallait parcourir à pied. Quand une partie de mes amis m’ont demandé pourquoi j’allais au collège public, je crois que je me suis fabriqué des raisons, car la vraie raison, c’était bien sûr une décision de mes parents. Je me suis accroché à l’idée qu’il ne fallait pas nous laisser enfermer dans un égoïsme social étroit. Je suis devenu délégué dès la sixième avec l’idée fixe de réunir tout le monde, de montrer qu’on était « tous ensemble ». J’ai pu faire pas mal de choses parce que j’étais un bon élève, le bon élève à lunettes que les profs et les chefs d’établissement écoutent volontiers. Et moi, j’avais besoin de sortir de la relation habituelle entre profs et élèves. Je crois que je fais de la politique par goût de la liberté.

Front National
Marine le pen
Le Pen
Rassemblement National

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.