25 mars 2012 Archives | FN 17 Fédération Front National de Charente-Maritime

Juliette*, un des témoins importants dans l’affaire du Carlton, a tout fait pour brouiller les pistes. Pour se protéger, ce sont les coordonnées du commissariat belge où elle a été interrogée qu’elle a fait noter sur le procès-verbal d’audition. Le témoignage de cette ancienne escort girl, que Le Point a retrouvée et qui nous a demandé de préserver son anonymat, pourrait contribuer, le 28 mars, à la mise en examen pour « proxénétisme aggravé en bande organisée » de l’ancien directeur du Fonds monétaire international par les trois juges lillois chargés de l’affaire. C’est la qualification qui semblerait devoir être retenue à ce jour, selon nos informations.

Juliette, la jolie trentaine, est une des « filles », avec Mounia, qui prétend que Dominique Strauss-Kahn ne pouvait ignorer, lorsqu’il la retrouvait dans les parties fines avec ses partenaires nordistes, qu’elle était une prostituée payée en conséquence. Entendue le 14 novembre 2011 par les policiers belges, l’ancienne escort girl a expliqué avoir rencontré DSK et ses amis du Nord – les deux entrepreneurs Fabrice Paszkowski et David Roquet ainsi que le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde – par l’intermédiaire d’Estelle, une amie mannequin également call-girl. « J’ai fait la connaissance d’Estelle lors d’une séance photo en 2010, elle m’a rapidement proposé de participer avec la bande à des soirées coquines », nous a précisé Juliette.

Mauvais souvenir

Deux soirées ont eu lieu. La première, en novembre 2010, avec une dizaine de personnes, dont l’ancien patron du FMI et ses amis nordistes, dans un studio d’enregistrement branché de Bruxelles. Un endroit où l’on ne joue pas que de la musique. Il y a une piscine, des spas, des Jacuzzi, des chambres… La seconde soirée coquine s’est déroulée un mois plus tard, en décembre, au Palace W à Washington. Juliette et Estelle sont arrivées de Bruxelles à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en taxi. Selon Juliette, c’est David Roquet, directeur d’une filiale de l’entreprise de BTP Eiffage, qui aurait payé la note, salée, de la course. Les billets d’avion pour les États-Unis des deux femmes les attendaient au comptoir de la compagnie. Une dépense, cette fois, prise en charge, semble-t-il, par Fabrice Paszkowski, mis en examen comme David Roquet pour « proxénétisme aggravé en bande organisée ».

Dans l’avion, les deux escort girls étaient accompagnées par ces deux hommes et le commissaire Lagarde. C’est à partir de ces billets d’avion que les policiers ont retrouvé la trace de Juliette et qu’ils l’ont jointe directement sur son téléphone portable. L’audition de l’ancienne call-girl a duré six longues heures. Un mauvais souvenir. « Je n’y serais jamais allée de plein gré, nous confie-t-elle. Je sais qu’à la fin ce sont toujours les filles qui sont traitées de menteuses et ont des ennuis. Mais les policiers ont tout fait pour me tirer les vers du nez. »

« Débile »

Les deux call-girls, qui partageaient la même chambre d’hôtel, sont restées sur place trois nuits. Juliette a expliqué que tout était organisé pour et autour de Dominique Strauss-Kahn. « À cette époque, je ne savais pas qui il était. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait aller aussi loin pour organiser cette soirée. Je trouvais même ça complètement débile. Quand l’affaire du Sofitel de New York a éclaté, j’ai compris l’importance du personnage et les raisons de tout ça. » Selon Juliette, c’est seulement le dernier soir, lorsque DSK est arrivé à l’hôtel, que la petite bande du Nord est passée aux « choses sérieuses », les deux premiers jours ayant été consacrés à du shopping et à du tourisme. « Chacun faisait sa vie de son côté et rentrait, seul, dans sa chambre. Ce soir-là, nous avons dîné tous ensemble dans une pièce privée où on a parlé de la pluie et du beau temps. Puis les quatre hommes nous ont retrouvées dans notre chambre », nous raconte-t-elle.

Là, comme à Bruxelles, l’escort girl et le patron du FMI ont entretenu une relation sexuelle. Un rapport qu’elle décrit, cette fois, comme « brutal ». Aux enquêteurs, Juliette a fait part de ses états d’âme : « Je savais pourquoi je venais. Mais je ne m’attendais pas à subir ça. L’escorting, pour moi, c’est différent. DSK n’a pas été correct. » Une chose est sûre, la call-girl n’a pas souhaité pour l’instant porter plainte, malgré l’insistance des policiers. Comme pour sa prestation à Bruxelles, Juliette a touché 900 euros. « C’est Estelle qui m’a donné l’argent », nous précise-t-elle.

« Chasse à l’homme »

L’ancien patron du FMI savait-il que les deux invitées de ces parties fines étaient des prostituées, rémunérées en conséquence ? Être client d’une prostituée n’est pas un délit, mais on peut être poursuivi pour proxénétisme si on joue un rôle dans l’organisation, ne serait-ce que des déplacements. Tous les protagonistes de ces parties fines ont été mis en examen pour « proxénétisme ». Mais le duo Roquet-Paszkowski, qui a organisé et financé les déplacements des « filles », a toujours affirmé que DSK ignorait la qualité de ces femmes.

Lors de sa garde à vue, en février, Dominique Strauss-Kahn s’est défendu avec force et n’a cessé de répéter aux policiers qu’il ignorait que ces femmes, qu’il qualifie, lui, de « libertines », étaient des call-girls. « Quand quelqu’un vous présente sa copine, vous ne lui demandez pas si c’est une prostituée », avait expliqué l’ancien ministre à son biographe Michel Taubmann. Pour montrer sa bonne foi, alors qu’il voit dans toute cette affaire « une chasse à l’homme », il n’a pas hésité à mouiller le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde, un de ses partenaires privilégiés dans l’intimité. À en croire DSK, la présence de ce grand flic, officieusement chargé de sa sécurité, aurait été auprès des « filles » une garantie de leur moralité… D’autant que chaque fois le policier avait lui-même « consommé » avec les filles.

Aparté

Une défense fragilisée par l’audition de Juliette. De nouveau interrogée durant six heures, le 7 décembre 2011, cette fois par une équipe franco-belge sur commission rogatoire des juges français et belges, l’escort girl a affirmé que Dominique Strauss-Kahn ne pouvait ignorer sa qualité. « À moins d’être un grand naïf », nous précise-t-elle. La jeune femme a enfoncé le clou en relatant une conversation qu’elle aurait eue avec Estelle, sa partenaire et compagne de chambrée. « Elle m’a dit que DSK lui avait parlé en aparté pour lui demander ses tarifs, en lui précisant qu’il ne souhaitait plus passer par des intermédiaires pour la contacter. Comme il ne payait pas lui-même, il se doutait que quelqu’un le faisait à sa place. » Jointe par Le Point, Estelle met en doute la parole de son ex-partenaire de sexe, tout en refusant de répondre à nos questions.

Cependant, ce système d’organisation de soirées coquines en présence de DSK semble avoir perduré. Juliette a en effet été réinvitée aux États-Unis en mai 2011. Mounia, 38 ans, une autre ex-prostituée, livre la même version de sa rencontre avec l’ancien patron du FMI. C’était à l’hôtel Murano, à Paris, au printemps 2010. Elle aussi évoque un rapport sexuel brutal, même s’il était consenti, et la « prestation » réglée 900 euros. Selon elle, DSK était au courant. « L’ensemble des personnes présentes ne pouvaient ignorer que ma prestation serait rémunérée », a expliqué l’ancienne call-girl lors de sa deuxième audition.

« Demoiselle »

Elle livre des détails surprenants sur la sélection dont elle a fait l’objet. « David Roquet m’a appelée pour me voir physiquement, pour s’assurer que je pouvais correspondre au type de femme qui pourrait convenir à DSK. » Et puis, enfin, il y a cette série de SMS, adressés par l’ancien patron du FMI à son ami Fabrice Paszkowski, où il est très souvent question de soirées spéciales. « J’emmène une petite faire les boîtes de Vienne (Autriche), le jeudi 14 mai. Ça te dit de venir avec une demoiselle ? » interroge ainsi DSK au début du mois de juin 2009. Quelques jours plus tard, l’ancien ministre demande s’il a bien « réservé la suite avec piscine », sans noter le lieu. Le 4 juillet, les deux amis semblent convenir d’un autre rendez-vous, en Espagne cette fois : « Veux-tu (peux-tu) venir découvrir une magnifique boîte coquine à Madrid avec moi (et du matériel) ? » propose ainsi DSK à son ami du Nord. Aucun de ces SMS n’est une preuve en soi, mais dans leur ensemble ils posent question. Si Dominique Strauss-Kahn est mis en examen le 28 mars, cela ne sera que sur un faisceau de présomptions. Ce jour-là, il sera, de toutes les façons, entendu par la juge. Ironie du sort, c’est aussi le 28 mars que se tiendra la première audience dans la procédure civile que Nafissatou Diallo a déclenchée à New York contre l’ancien directeur du FMI. Juliette, elle, a écrit à l’avocat de la femme de chambre qui accuse DSK d’agression sexuelle.

* Le prénom a été changé pour préserver l’anonymat de cette ancienne call-girl que nous avons jointe par téléphone.

Source de l’article: http://www.lepoint.fr/societe/l-escort-girl-qui-accuse-dsk-22-03-2012-1444862_23.php

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