Avez-vous lu le traité budgétaire européen ?

Le conseil des ministres examine ce mercredi le texte de la loi organique de ratification par la France du nouveau traité budgétaire européen, qui institue les nouveaux instruments de gouvernance pour stabiliser la zone euro : mécanisme européen de stabilité et règles renforcées de discipline budgétaire. Adopté en pleine crise le 2 mars dernier, le TSCG ou Traité sur la coordination et la gouvernance est en train de ranimer la vieille querelle sur l’Europe à gauche. Les « nonistes » du référendum de 2005 veulent profiter du débat qui aura lieu début octobre à l’Assemblée nationale puis au Sénat pour faire entendre leur voix. Alors que le gouvernement, Hollande et Ayrault en tête, battent le rappel pour rassembler la majorité autour de cette ratification, qui sera assurée grâce au voix de la droite (le traité a été négocié et signé par Nicolas Sarkozy), la pression monte, chez les Verts, au Front de Gauche et dans l’aile gauche du PS, pour voter contre, considérant que le président de la République n’est pas parvenu à l’infléchir suffisamment en faveur de la croissance dans ses négociations avec l’Allemagne.

Et vous, qu’en pensez vous ? Avant de se prononcer, encore faut-il avoir lu ce texte, pour bien en saisir les enjeux et le replacer dans le contexte de la crise des dettes souveraines. Car le TSCG est avant tout le fruit d’un compromis, pour restaurer le lien de confiance et de solidarité entre les pays créanciers du Nord et les pays débiteurs du Sud. Il est, avec le projet d’union bancaire adopté les 28 et 29 juin, la condition nécessaire pour faire marcher l’Europe sur ses deux pieds, le pied monétaire de la Banque centrale européenne et le pied budgétaire. C’est la raison pour laquelle il est indispensable de lui apporter rapidement l’onction démocratique des peuples. Faute de quoi, à coup sûr, la crise de la zone euro repartira de plus belle, mettant à bas tous les efforts pour rassurer les marchés sur l’irréversibilité de la monnaie unique.

Pour tout comprendre sur le nouveau traité budgétaire, retrouvez donc ici les explications très claires de la Fondation Robert Schuman, le centre de recherche et le laboratoire d’idées sur l’Europe. Ce document, ainsi que le texte du TSCG, sont également disponibles en direct sur le site www.robert-schuman.eu.

Note explicative sur le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance

 

Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) plus connu sous le nom de pacte budgétaire européen a été signé le 2 mars 2012 à Bruxelles par les chefs d’Etat et de gouvernement de 25 Etats membres de l’Union européenne (tous sauf le Royaume-Uni et la République tchèque). Ce traité prévoit l’application de règles renforcées en matière de lutte contre les déficits et l’endettement publics mais aussi de sanctions possibles contre les Etats faisant preuve de laxisme dans ce domaine. Ainsi le déficit structurel national de chaque Etat membre ne doit pas être supérieur à 0,5% du PIB (1% pour les Etats dont la dette publique est inférieure à 60% du PIB). Pour qu’il entre en vigueur, il suffit qu’il soit ratifié dans 12 Etats sur 25 (voir tableau) ; dès que la 12ème ratification est effectuée, il s’applique dans ces 12 Etats. Les autres peuvent ratifier ensuite, et cela déclenche alors son application chez eux.

 

Ce traité comprend seize articles, répartis en six titres. Ses dispositions se résument comme suit :

 

Objectif et champ d’application (article 1)

 

Après sept pages d’attendus rappelant l’importance de la discipline budgétaire ainsi que les décisions prises précédemment dans ce domaine et mentionnant les bases juridiques d’une coopération renforcée entre Etats membres de la zone euro, le premier article récapitule les trois sujets abordés dans le TSCG: discipline budgétaire, coordination des politiques économiques et gouvernance de la zone euro. Il est rappelé que l’objectif principal du TSCG est de « renforcer le pilier économique de l’Union économique et monétaire ».

 

Cohérence et relation avec le droit de l’UE (article 2)

 

Le TSCG doit être interprété et appliqué en conformité avec les traités européens existants. En particulier, il s’applique « dans la mesure où il est compatible avec les traités sur lesquels l’Union européenne est fondée et avec le droit de l’Union européenne » et ne modifie pas les compétences de l’Union européenne dans le domaine de l’Union économique.

 

Pacte budgétaire (articles 3 à 8)

 

Cette partie liste les nouvelles règles s’imposant aux Etats signataires en matière budgétaire et évoque les sanctions en cas de manquement :

 

Les budgets des Etats doivent être en excédent ou en équilibre. Lorsque le budget d’un pays est en déficit, des « objectifs de moyen terme » de déficit sont assignés aux Etats, conformément aux nouvelles règles contenues dans le pacte de stabilité et de croissance. Dans tous les cas, le déficit structurel (c’est-à-dire « corrigé des variations cycliques » et « des mesures ponctuelles et temporaires ») ne doit pas excéder 0,5% du PIB, sauf en cas de « circonstances exceptionnelles » (définies comme « des faits inhabituels indépendants de la volonté » de l’Etat concerné » et affectant ses finances publiques ou « des périodes de grave récession économique ») dans lesquelles un « écart temporaire » par rapport à cette limite est permis.
Un calendrier de convergence vers l’objectif de moyen terme assigné aux Etats en déficit est établi par la Commission européenne et le respect de cet objectif est évalué.
Lorsque la dette d’un Etat est inférieure à 60% du PIB et que « les risques pour la soutenabilité » des finances publiques sont considérés comme « faibles », la limite maximum de déficit structurel peut être relevée à 1% du PIB
Si un Etat s’écarte trop fortement de son objectif de moyen terme ou que les évolutions des comptes publics s’écartent trop d’une trajectoire appropriée pour atteindre cet objectif, un mécanisme de correction entre « automatiquement » en action.
Les Etats sont tenus, dans un délai d’un an maximum après l’entrée en vigueur du TSCG, d’introduire dans leur droit national des règles nationales « contraignantes et permanentes » d’équilibre des comptes publics reprenant les règles fixées par le TSCG. Celles-ci doivent être de « préférence » des règles constitutionnelles ou, par défaut, des règles dont la valeur juridique est suffisante pour garantir qu’elles soient respectées. C’est également au niveau national, « sur la base de principes communs proposés par la Commission européenne », que doit être établi le mécanisme de correction.
Lorsque la dette publique d’un Etat est supérieure à 60% du PIB, l’Etat en question doit la réduire « au rythme moyen » d’un vingtième par an
Lorsqu’un Etat fait l’objet d’une procédure de déficit excessif au sens des traités européens, il doit mettre en place un « programme de partenariat budgétaire et économique » détaillant les réformes qu’il s’engage à réaliser. Ce programme est présenté pour accord au Conseil de l’Union européenne et à la Commission, qui en contrôlent la mise en oeuvre.
Les Etats doivent également transmettre au Conseil de l’Union et à la Commission européenne des « indications » à propos de leurs plans d’émission de dette

 

En cas de procédure de déficit excessif lancée contre un Etat de la zone euro, une majorité qualifiée d’Etats de la zone euro (sans tenir compte de l’Etat qui fait l’objet de la procédure) est nécessaire pour s’opposer à l’application des recommandations ou propositions de la Commission. Si aucune majorité qualifiée d’Etats n’exprime son opposition, les Etats de la zone euro s’engagent à « appuyer » les propositions ou recommandations de la Commission.

 

La Commission vérifie que les Etats introduisent bien les règles budgétaires fixées par le TSCG dans leur droit national et rend un rapport à ce sujet. Si elle considère que cette obligation n’a pas été respectée, un Etat déclenche une action devant la Cour de justice de l’Union européenne. Un Etat peut également, indépendamment du rapport de la Commission, intenter une action devant la Cour de justice contre un autre Etat s’il considère que celui-ci ne s’est pas conformé à l’obligation d’adopter des règles nationales de discipline budgétaire.

 

Coordination des politiques économiques et convergence (articles 9 à 11)

 

Cette partie pose, en termes généraux, les bases d’une coordination accrue des politiques économiques des Etats de la zone euro :

 

Les objectifs généraux des politiques économiques des Etats membres sont rappelés: « le renforcement de la compétitivité, la promotion de l’emploi, une meilleure contribution à la soutenabilité des finances publiques et un renforcement de la stabilité financière ». Pour cela, les Etats s’engagent à mener « une politique économique qui favorise le bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire » et « promeut la croissance économique grâce au renforcement de la convergence et de la compétitivité » ainsi qu’à « entreprendre les actions et prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement de la zone euro ».
Les Etats signataires affirment leur volonté de « recourir activement » aux possibilités offertes par les dispositions des traités européens concernant les coopérations renforcées ou les mesures spécifiques aux Etats membres de la zone euro.
Les Etats expriment leur volonté de débattre préalablement des réformes économiques qu’ils mènent chez eux, voire de les coordonner.

 

Gouvernance de la zone euro (articles 12 et 13)

 

Cette section institue les sommets de la zone euro et contient quelques dispositions permettant d’associer les Parlements européen et nationaux aux débats sur les questions économiques.

 

Des sommets informels de la zone euro sont institués. Ils réunissent les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats de la zone euro adhérant au TSCG, ainsi que le président de la Commission européenne. Le président de la BCE y est invité et le président du Parlement peut être invité à y être entendu. Un président de ces sommets est élu à la majorité simple par les chefs d’Etats et de gouvernements des Etats de la zone euro adhérant au TSCG, en même temps et pour un mandat de même durée que le président du Conseil européen. Il est chargé d’assurer la « préparation et de la continuité » des sommets, en collaboration avec le président de la Commission.

 

Les sommets de la zone euro, dont « les préparatifs et le suivi sont confiés à l’Eurogroupe » se tiennent « lorsque cela est nécessaire », mais au minimum deux fois dans l’année. Ils portent sur des sujets relatifs aux « responsabilités spécifiques » que partagent les Etats de l’eurozone, à la gouvernance de la zone euro ainsi qu’à la convergence économique au sein de la zone monétaire et aux politiques économiques permettant de la réaliser. Après chacun de ces sommets, un rapport est soumis au Parlement européen.

 

Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant ratifié le TSCG mais n’appartenant pas à la zone euro participent à certaines discussions des sommets de la zone euro concernant la compétitivité, l’« architecture globale » de la zone euro, les règles régissant la zone euro et l’application du TSCG.

 

Enfin, les Etats non membres de la zone euro et/ou non adhérents au TSCG sont tenus informés de « la préparation et des résultats » des sommets de la zone euro.

 

Le Parlement européen et les parlements nationaux des Etats adhérant au TSCG « organisent » et « promeuvent » une conférence visant à débattre des « questions régies par le TSCG ». Elle se compose de représentants des « commissions concernées » dans chacune de ces institutions.

 

Dispositions générales et finales (articles 14 à 16)

 

Cette dernière section définit les modalités pratiques de ratification et d’entrée en vigueur du TSCG.

 

La procédure de ratification suit les règles constitutionnelles en vigueur dans chaque Etat membre.

 

Le traité entre en vigueur au premier janvier 2013, si 12 Etats membres de la zone euro l’ont ratifié. Si le nombre de ratifications nécessaires n’a pas été atteint au 1er janvier 2013, il entre en vigueur au premier jour du mois qui suit la douzième ratification du texte par un Etat de la zone euro.

 

Lorsque le traité entre en vigueur, il s’applique dans les Etats de la zone euro qui l’ont ratifié.

Pour les Etats de la zone euro qui ratifient le traité après son entrée en vigueur, le traité s’applique à compter du premier jour du mois suivant le dépôt de la ratification.

Les Etats hors zone euro peuvent également ratifier le traité et décider d’être liés par « tout ou partie » des règles budgétaires qui y sont définies.

Les Etats non signataires peuvent également adhérer à ce traité

Dans un délai de cinq ans maximum après l’entrée en vigueur du TSCG, les « dispositions nécessaires » doivent être prises afin d’intégrer son contenu dans le cadre juridique de l’Union.

Tableau des ratifications par pays du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG)
Pays Mode de ratification Date Résultat
Allemagne parlementaire 29/6 et 30/6 Oui. Bundestag : 491 pour, 111 contre, 6 abstentions ;

 

Bundesrat : 65 pour, 4 contre

 

Autriche parlementaire 4/07 Oui. 103 pour, 60 contre
Belgique parlementaire
Bulgarie parlementaire
Chypre parlementaire
Danemark parlementaire 31/05 Oui. 80 pour, 27 contre
Espagne parlementaire
Estonie parlementaire
Finlande parlementaire
France parlementaire mi-octobre
Grèce parlementaire
Hongrie parlementaire
Irlande référendum 31/05 Oui. 60,29% des SU
Italie parlementaire 12/07 et 19/07 Oui. Sénat : 216 pour, 24 contre et 21 abstentions ;

 

Députés : 380 pour, 59 contre et 36 abstentions

 

Lettonie parlementaire 31/05 Oui. 67 pour, 29 contre, 1 abstention, 3 absents
Lituanie parlementaire Oui. 80 pour, 11 contre et 21 abstentions
Luxembourg parlementaire
Malte parlementaire
Pays-Bas parlementaire
Pologne parlementaire
Portugal parlementaire 13/04 Oui. Parlement : 204 pour, 24 contre et 2 abstentions
République Tchèque Non signataire du TSCG
Roumanie parlementaire 8/05 et 21/05 Oui. Députés : 231 pour, 2 abstentions.
 

Sénat : 89 pour, 1 contre, 1 abstention

 

Royaume-Uni Non signataire du TSCG
Slovaquie parlementaire
Slovénie parlementaire 19/04 Oui. 74 pour et 2 abstentions sur 76 présents
Suède parlementaire

Remarque : les 12 ratifications nécessaires ont déjà eu lieu.

 

(*) Créée en 1991, après la chute du mur de Berlin, reconnue d’utilité publique, la Fondation Robert Schuman œuvre en faveur de la construction européenne. Centre de recherche de référence, la Fondation développe des études sur l’Union européenne et ses politiques et en promeut le contenu en France, en Europe et à l’étranger. Elle provoque, enrichit et stimule le débat européen par la qualité de ses recherches, de ses publications et de ses conférences. Elle apporte une aide concrète aux nouvelles démocraties. Établie à Paris et à Bruxelles, la Fondation Robert Schuman est un lieu de travail en réseau ouvert et multinational. Elle s’est donnée pour principale mission de garder vivants l’esprit et l’inspiration d’un des « Pères de l’Europe », Robert Schuman et de promouvoir les valeurs et les idéaux européens à l’intérieur comme hors des frontières de l’Union.

Source de l’article: http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120918trib000720042/avez-vous-lu-le-traite-budgetaire-europeen-.html

Soyez républicains, partagez svp !

  • more Avez vous lu le traité budgétaire européen ?   La Tribune.fr

Front National
Marine le pen
Le Pen
Rassemblement National

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.