Sarkozy battu d’avance ?Fédération Front National de Charente-Maritime FN 17

Entre novembre 2011 et la mi-avril, 54% des électeurs du panel mis en place par Le Monde, le Cevipof, la Fondapol et la Fondation Jean Jaurès (1) ont changé d’avis ! Ce qui confirme l’affaiblissement du clivage gauche droite en France et valide la pertinence de cette enquête au long cours sur les « changeurs » (voir résultats des premières vagues de l’enquête sur le site de la Fondation).

40% de ces changements, dont le rythme n’a pas varié jusqu’à la dernière « vague » (5 au 10 avril) révélée hier soir, portent sur le nom du candidat ou de la candidate et 27% sur l’acte de voter ou pas. Certains sondés se trouvant dans l’un et l’autre cas de figure, cela explique que le total dépasse 54%.

LES « CHANGEURS » ET LE VOTE UTILE

Les moins de 35 ans, les actifs et les électeurs au centre de l’échiquier politique sont les plus versatiles. Un coup dans le rétroviseur permet d’établir que la progression inattendue de Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas faite, loin de là, aux seuls dépens de François Hollande, les « changeurs » n’ayant cessé de passer de l’un à l’autre en fonction de l’actualité ou non du « vote utile ».

Les électorats de Marine Le Pen, de François Bayrou et, dans les dernières semaines, de Nicolas Sarkozy, ont contribué à la montée de Front de gauche, particulièrement dans les classes populaires.

Ce regard en arrière permet aussi d’établir que François Bayrou a commencé haut en référence au souvenir de sa campagne heureuse de 2007. Mais faute d’avoir su lever une nouvelle dynamique après cette entrée en jeu, l’ex troisième homme n’a cessé de baisser, jusqu’à flirter aujourd’hui avec les 10% d’intentions de vote.

Un « effet Mohamed Merah » est également confirmé par l’enquête. La progression de Nicolas Sarkozy a trouvé dans les tueries de Montauban et Toulouse un point d’appui aux dépens des électorats de Marine Le Pen et François Bayrou, déçus pour des raisons différentes par leur gestion de cet événement hors norme.

L’autre levier de la remontée de Nicolas Sarkozy après son entrée en campagne a été la dynamique (le fameux « les courbes vont se croiser ») qu’il a sue créer auprès des « changeurs »

STRATEGIES DE CAMPAGNE

Les stratégies de campagne adoptées par les deux principaux candidats, comme leurs résultats, commencent à apparaître à la veille de ce premier tour selon l’analyse de Gilles Finchelstein pour la Fondation Jean Jaurès. François Hollande s’est attaché à mobiliser son camp et à pratiquer la « triangulation » (neutraliser les thèmes sur lesquels le PS est plus faible au centre de l’électorat), notamment en matière de sécurité. Une stratégie visiblement payante, le candidat PS abordant le premier tour en pôle position sur les questions du quotidien et complètement en tête sur la question de la réduction des inégalités sociales, coeur de sa campagne.

Nicolas Sarkozy avait-il d’autre choix que de tenter de pratiquer la stratégie de la « disruption » (changer l’axe traditionnel droite-gauche pour adopter son axe de campagne du « peuple contre les élites ») ? Rien n’est moins sûr tant le déficit du candidat UMP était grand, en début de campagne, auprès des employés et des ouvriers (13 millions d’électeurs) qui avaient fait sa victoire avec les seniors (15 millions d’électeurs) en 2007.

Mais les efforts du candidat Sarkozy pour ramener à lui électeurs des classes populaires en général et du FN en particulier, n’ont pas été payants. Alors que ces derniers se portent traditionnellement entre 50 et 65% sur le candidat de droite au second tour, ils ne seraient que 40% le 6 mai selon l’enquête. Le sentiment de « trahison », terme employé dans les enquêtes qualitatives, de l’électorat de Marine Le Pen vis-à-vis de Nicolas Sarkozy depuis 2007, n’a jamais été dépassé depuis son entrée en campagne. Ce qui explique le fort taux d’abstention de cet électorat prévu au second tour.

Un autre indice pointe l’échec de la stratégie « peuple contre élites » du président sortant. Malgré ses nombreux appels aux électeurs du « non » à l’Europe en 2005, jusqu’à la dénonciation des accords de Schengen lors de son discours de Villepinte, ceux-ci se prononcent d’abord pour François Hollande (25%), devant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (à 23% l’une et l’autre) et loin devant le « candidat du peuple contre les élites » (15%). C’est parmi les partisans du « oui » que se trouvent (à 41,5%) au contraire les réserves de voix de Nicolas Sarkozy !

BATTU D’AVANCE ?

Est-ce à dire qu’il aura suivi une pente fatale en adoptant les conseils de Patrick Buisson et de Guillaume Peltier, ou que le président-sortant était battu d’avance, quoiqu’il fasse ? Une question que pose, sans y répondre, l’enquête de la Fondation Jean Jaurès. A la veille de ce premier tour, le candidat Sarkozy ne devance son « challenger » que sur les sujets régaliens dans les enquêtes qualitatives.

Et chez les séniors aussi, l’écart s’est réduit. « Qu’est-ce qui l’emporte aujourd’hui dans l’électorat des plus de 60 ans, traditionnellement à droite (15 millions d’électeurs séniors soient 6 millions de plus qu’en 1981) ? Le fait d’avoir plus de 60 ans ou d’être des anciens soixante-huitards ? Réponses les 22 avril et 6 mai », note Gilles Finchelstein. Qui indique qu’ils seraient seulement à 53 ou 54% pour Sarkozy au second tour ?

L’enquête contredit également l’idée reçue selon laquelle les jeunes voteraient d’abord pour Marine Le Pen. Là encore, c’est François Hollande qui arrive loin devant auprès de l’électorat des 18-24 ans (32%), devant Nicolas Sarkozy (23,5%), Marine Le Pen (18%), Jean-Luc Mélenchon (15%) et François Bayrou (8%).

Autant de lignes de force qui expliquent le score hors norme de François Hollande au second tour dans les intentions de vote (moyenne de 54% contre 46%). « Depuis 1981, le vainqueur des sondages du mois de mars arrive au résultat indiqué en mai, à un point près » rappelle Gilles Finchelstein. « On peut donc conclure que sans énorme surprise au premier tour, il n’y en aura pas le 6 mai » dit-il.

(1) Une enquête menée auprès du même panel de 6000 électeurs depuis novembre

Source de l’article: http://www.sudouest.fr/2012/04/20/enquete-presidoscopie-2012-sarkozy-battu-d-avance-693732-4772.php#xtor=RSS-10521769

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